Vous êtes du personnel d’encadrement

Les personnes LGBTIQ+ sont venues en Suisse pour trouver une protection. Pourtant, le cadre de vie dans lequel elles sont placées (centres d’enregistrement, foyers d’hébergement collectifs, etc.) les expose particulièrement aux risques de violences LGBTIQ-phobes.

Dans le même temps, le personnel d’encadrement – et de sécurité – qui travaille dans ces lieux n’est souvent pas identifié comme un agent de protection par les personnes LGBTIQ+.


Ceci a des conséquences sur leur niveau de sécurité au quotidien et leur capacité à faire valoir leur droit à bénéficier d’une protection, que ce soit au quotidien (protection sociale) ou au sein de leur procédure d’asile (protection légale).

> OBSTACLES
> BONNES PRATIQUES
> OUTILS


Obstacles

«  Les réfugié·es LGBTI ont quitté leur pays pour se sentir en sécurité, pour sentir qu’il·les sont protégé·es. Si on compare avec une personne qui fuit une guerre, la personne ici peut se sentir en sécurité parce que le risque est terminé. Mais pour les LGBTI, le risque reste, les insultes, les menaces… » Une réfugiée transgenre

Le récent rapport de l’Agence de l’Union Européenne pour les droits fondamentaux (mai 2017) sur la situation des demandeur·ses d’asile LGBTIQ+ dans l’UE, souligne la récurrence d’épisodes de violences LGBTIQ-phobes dans les centres de réception: violences physiques (coups), psychologiques (menaces, insultes, mises à l’écart, moqueries, regards) ou sexuelles (harcèlement, attouchements, viols). Ces violences sont parfois commises par d’autres réfugié·es, mais aussi par le personnel d’accueil, le personnel de sécurité ou des services sociaux.

Les expériences des personnes que notre association accompagne attestent également de cette situation. En Suisse, les stigmatisations, les discriminations et les violences contre les personnes LGBTIQ+ restent fortes au sein de la population (Rapport sur la Suisse de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, 2014 et Rainbow Ranking de l’ILGA).

Elles peuvent prendre des formes actives (actes LGBTIQ-phobes tels qu’indiqués plus haut) mais aussi des formes passives, plus subtiles de dévalorisation et de domination des personnes LGBTIQ+ et de leurs besoins (hétéro-cis-sexisme), telles que :

– l’invisibilisation: penser que toute personne est a priori hétérosexuelle et cisgenre; penser qu’on peut reconnaître les personnes LGBTIQ+; penser que son expérience en tant que membre du groupe dominant (hétérosexuel et cisgenre) peut servir de référence pour juger des besoins et des situations vécues par les personnes LGBTIQ+; ne pas penser à l’OSIEGSB comme cause possible en cas de difficultés d’une personne;

– la négation ou la remise en question : refuser de croire que les personnes LGBTIQ+ puissent être discriminées d’une manière quelconque en Suisse; ne pas vouloir accorder de crédit aux expériences rapportées par les personnes concernées; renvoyer les questions liées à l’OSIEGSB à la sphère privée et nier leurs conséquences sociales, politiques, juridiques… ;

– le retournement de la responsabilité: rendre les personnes responsables des problèmes qui ne sont pas identifiés comme tels du type: “vous voyez des problèmes partout”, “vous êtes paranos”, “mais, non, vous êtes en sécurité ici”; rendre les personnes responsables des violences à leur encontre du type: “oui mais ils les ont provoqués en se tenant la main dans le centre”;

– la méconnaissance, le malaise et le silence: difficultés à aborder le sujet; gêne; préjugés et stéréotypes;

– la dévalorisation: penser que l’on pourrait vexer une personne en abordant ce sujet avec elle.

Conséquences:

Ces mécanismes sont largement répandus et traversent l’ensemble de notre société. Pour des personnes qui ont fui des persécutions en raison de leur OSIEGSB, l’exposition à ces comportements
– dans l’endroit même où elles se trouvent pour faire valoir leur besoin de protection
– de la part des personnes qui représentent l’institution en charge de garantir leur protection
est souvent interprété comme un signe clair qu’ici non plus, elles ne sont pas et ne seront pas protégées.
Elles vont alors souvent préférer cacher leur OSIEGSB pour garantir leur protection:
– non seulement auprès du personnel d’encadrement qui n’est pas identifié comme un agent de protection, au contraire. Pour cette raison, elles vont également souvent ne pas rapporter les violences qu’elles subissent.
– mais aussi auprès du SEM à qui elles ne vont souvent pas révéler leurs véritables motifs d’asile, ce qui a une implication cruciale sur leur procédure d’asile et la reconnaissance de leur qualité de réfugié·e.

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Bonne pratiques

Enjeux:

1. GARANTIR LA SÉCURITÉ EFFECTIVE ET L’ACCÈS AUX RESSOURCES DE TOU·TES LES RÉSIDENT·ES, Y COMPRIS LES PERSONNES LGBTIQ+
2. GARANTIR QUE TOU·TES LES RÉSIDENT·ES IDENTIFIENT LE PERSONNEL D’ENCADREMENT ET DE SÉCURITÉ COMME DES PERSONNES SÛRES ET DE CONFIANCE ET SE SENTENT ÉGALEMENT INCLU·ES ET PROTÉGÉ·ES

Un accueil égalitaire pour tou·tes implique de développer une posture professionnelle inclusive des personnes LGBTIQ+. Pour ceci, il est nécessaire de :
→ questionner vos propres représentations sur l’OSIEGSB et les personnes LGBTIQ+,
→ repérer les signes d’ouverture ou de fermeture sur l’OSIEGSB que vous transmettez par votre comportement,
→ ainsi que les éventuels stéréotypes hétéronormatifs et cisnormatifs véhiculés par un langage et une attitude « neutre ».
Une personne LGBTIQ+ se sentira d’autant plus en sécurité pour parler de son OSIEGSB ou vous exposer les problèmes qu’elle rencontre dans le centre si :
→ vous êtes à l’aise avec la thématique, les concepts et les réalités de vie qu’ils recouvrent,
→ vous utilisez un vocabulaire adapté, respectueux et non-discriminant.

Il est également nécessaire de créer un cadre sécurisé qui indique
– aux personnes LGBTIQ+: qu’elles sont bienvenues et protégées
– à tou·tes: que les violences LGBTI-phobes ne sont pas tolérées dans cet endroit.
par exemple en affichant des signes visuels d’ouverture (cf. affiches) dans les espaces communs et dans vos loges ou bureaux.
Pour garantir ce cadre sécurisé, il est primordial de toujours intervenir en cas de propos ou comportements LGBTIQ-phobes:
→ si ces violences sont dirigées contre une personne en particulier
→ mais aussi si ces violences ne sont pas dirigées contre une personne en particulier car elles créent un climat de rejet et de danger pour les personnes LGBTI+.
Ex : blague homophobe ou « pédé » pendant une partie de foot.
→ et surtout si elles viennent d’un·e de vos collègues car c’est la confiance dans l’institution qui peut être remise en cause
Rappelez vos missions et le cadre institutionnel : accueil et protection de tou·tes qu’elles que soient leur orientation sexuelle et leur identité de genre, discriminations et violences LGBTIQ-phobes interdites en Suisse.
Si vous ne savez pas comment faire, prévenez votre supérieur·e ou une personne de confiance.
L’intervention peut aussi se faire à froid plus tard, mais il est important de montrer à tou·tes que ces violences ne sont pas tolérées CAR : ne pas intervenir = cautionner ces violences.

Enfin, il est primordial d’apporter des réponses aux besoins spécifiques des personnes LGBTIQ+.
Et en particulier de toujours respecter la confidentialité des informations concernant leur OSIEGSB. La révélation de l’orientation sexuelle et/ou de l’identité de genre d’une personne par un tiers sans son consentement (outing) est interdite par la loi suisse.
→ si vous devez transmettre l’information à un·e collègue, demandez toujours à la personne si elle est d’accord.
→ si vous devez faire un rapport, informez la personne que cette information sera notée et demandez lui si elle est d’accord.
→ si vous reprenez le suivi d’une situation, rassurez la personne sur la confidentialité : « Je suis un·e collègue de X. qui a fait le rapport. Sachez que comme X., je suis tenu·e à la confidentialité. »
→ n’abordez ces thèmes que dans un cadre confidentiel, et surtout pas en présence d’autres résident·es.
Pour les personnes trans*, il convient de toujours respecter leur prénom et genre choisi.
Mégenrer une personne trans* ( = utiliser le mauvais nom ou pronom) est une atteinte à ses droits fondamentaux. Dans le cadre collectif, cela peut la mettre en situation de danger en l’exposant en tant que personne trans*. Les réfugié·es trans* viennent la plupart du temps de pays où iels n’ont pas pu changer les mentions de nom et de sexe sur leurs papiers d’identité. Or, ce sont sous ces informations officielles, qui ne correspondent pas à leur vécu, qu’elles sont enregistrées administrativement en Suisse. Les listes de nom, la distribution du courrier, les convocations à telle étape de procédure, etc. sont donc des moments qui risquent d'”outer” la personne ( = révéler sa transidentité). Il importe que vous soyez particulièrement attentif·ves à cela et que vous mettiez en place des stratégies qui protègent la personne de ce risque.

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Outils

cf. page Les réfugié·es LGBTIQ+ et Ressources générales

Asile LGBT Genève, Réfugié·es LGBTI – Guide pratique pour un accueil inclusif et égalitaire (2017)

ORAM, Réfugiés issus de minorités sexuelles et de genre: liste de vérification pour un lieu sûr, 2016.

UNHCR, Working with lesbian, gay, bisexual, transgender and intersex persons in forced displacement, 2011 (en anglais).

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