Les mécanismes de l’invisibilité

Les réfugié·es LGBTI+, dont le nombre est en augmentation constante, restent encore majoritairement invisibles dans nos pays d’accueil. Cette invisibilité des personnes et de leurs besoins est un obstacle majeur dans leur accès au droit à bénéficier d’une protection légale et sociale dans leur pays d’accueil.

Dans le pays d’origine : l’apprentissage de l’invisibilité

Du fait du tabou et de l’invisibilité des questions d’OSIEGCS, voire même de leur criminalisation dans leur pays d’origine, de nombreuses personnes LGBTI+ construisent leur identité dans le tabou, la dévalorisation et le silence. Leur environnement proche – famille, communauté – n’offre souvent aucune possibilité d’identification positive et se pose même comme le lieu du danger. Privées de ces facteurs de protection habituels, elles développent des mécanismes leur permettant de se protéger des discriminations et violences potentielles : se méfier des autres et cacher leur OSIG.

Dans le pays d’accueil : persistance des risques de violences et maintien de l’invisibilité comme stratégie de protection

Ces mécanismes de survie, mais aussi les traumas liés aux persécutions vécues ou encourues et la peur d’en subir de nouvelles ne disparaissent pas simplement avec l’arrivée des personnes dans un nouveau pays. D’autant plus que leurs conditions d’accueil perpétuent les risques d’exposition aux violences LGBTI+-phobes.

Un rapport de l’Agence de l’Union Européenne pour les droits fondamentaux de mars 2017 souligne la récurrence d’épisodes de violences envers les réfugié·es LGBTI+ dans les centres de réception, que ce soit de la part d’autres réfugié·es, mais aussi du personnel d’accueil, du personnel de sécurité ou des services sociaux.

De nombreuses personnes préfèrent donc ne pas s’identifier socialement et ouvertement comme LGBTI+ dans leur pays d’accueil afin de garantir leur protection. En même temps, elles s’isolent également de leur communauté nationale d’origine et de la population migrante en général, vécues comme des dangers. Ce faisant, elles se coupent de ressources sociales, matérielles et légales d’importance (cours de français, lieux de sociabilité, mais aussi permanences juridiques ou lieux de soins) et d’un accompagnement adapté à leurs besoins.

Les prises en charge proposées par les professionnel·les en charge de leur accueil et accompagnement : invisibilité des vulnérabilités liées à l’articulation de cette double identité

Même si la plupart des personnes travaillant dans les structures dédiées à l’accueil des personnes réfugiées ou LGBTI+ témoignent de positionnement ouverts et non discriminants sur les questions d’OSIEGCS respectivement de migration, un certain nombre de fonctionnements structurels contribuent à créer et/ou à maintenir le silence sur ces questions et l’invisibilité des réfugié·es LGBTI+.

Côté asile, l’hétéronormativité (penser que l’hétérosexualité est la norme et donc le comportement par défaut) et la cisnormativité (idem pour le fait d’être cisgenre) à l’œuvre dans la société en général invisibilisent les personnes LGBTI+ et leurs besoins et contribuent à un certain malaise à aborder le sujet de l’OSIEGCS, à l’existence de préjugés ou encore à l’incompréhension des réalités vécues par les personnes concernées. Côté LGBTI+, on retrouve des stigmatisations raciales à l’œuvre dans la société en général, une méconnaissance des réalités migratoires et des agendas politiques ne prenant pas en compte les besoins des personnes réfugié·es.

Tout ceci favorise l’éventualité de comportements discriminants à l’encontre des réfugié·es LGBTI+, contribue à éloigner ces personnes déjà extrêmement fragilisées des ressources dont elles ont besoin, amplifie leur sentiment d’isolement et reproduit les inégalités et vulnérabilités existantes et donc leur invisibilité.